Définition
Un modèle formel de décision selon lequel les préférences d'un agent sur des perspectives risquées sont représentées par une fonction d'utilité telle que l'agent préfère les loteries ayant une utilité espérée supérieure ; sous les axiomes de von Neumann‑Morgenstern (complétude, transitivité, continuité, indépendance), les préférences admettent une représentation par utilité espérée et le choix rationnel se réduit à maximiser l'utilité espérée.

Principe

Principe
Si les préférences d'un agent satisfont les axiomes de cohérence vNM, il existe une fonction d'utilité cardinale u(·) telle que, parmi les loteries, l'agent classe les alternatives par E[u(issue)] ; les attitudes face au risque sont codées dans la concavité de u et le choix sous incertitude se réduit à la maximisation de l'utilité espérée.

Démonstration

Démonstration
Scénario illustratif → Un individu choisit entre un sûr de 50 $ et une chance de 50 % de 0 $ / 50 % de 120 $. Avec u(x)=√x (concave), calculer E[u] de la loterie = 0,5·√0 + 0,5·√120 ≈ 5,477 ; utilité du sûr 50 $ = √50 ≈ 7,071 → préférence pour le sûr 50 $, illustrant l'aversion au risque selon l'utilité espérée.

Mauvaise application

Mauvaise application
Employer la théorie de l'utilité espérée comme modèle descriptif inconditionnel lorsque les préférences observées violent l'axiome d'indépendance (p. ex. choix de type Allais) ou en présence d'ambiguïté sur les probabilités ; ou comparer des utilités entre personnes comme si les utilités cardinales étaient interpersonnellement comparables — l'erreur est de traiter la représentation normative comme un fait empirique absolu ou de considérer l'utilité cardinale comme directement comparable entre agents.

Conséquence

Conséquence
Fournit un repère normatif parcimonieux pour le choix cohérent sous risque, une base pour des statiques comparatives (comment les changements de probabilités ou d'enjeux affectent les choix) et un fondement pour l'analyse du bien‑être et des politiques, mais ses implications empiriques et normatives dépendent de la validité des axiomes sous‑jacents et des évaluations probabilistes.

Inversion

Inversion
Lorsque l'indépendance ou d'autres axiomes vNM échouent empiriquement, ou lorsque les décideurs font face à de l'ambiguïté plutôt qu'au risque, des représentations alternatives (utilité dépendante du rang, théorie des prospectes, utilité espérée maxmin) peuvent mieux rendre compte des choix observés et des préoccupations normatives.

Limite

Limite
Manifestement inclus : choix mono‑agent sous probabilités objectives ou subjectives bien spécifiées où les axiomes vNM sont appropriés. Cas frontière : situations d'ambiguïté sur les probabilités, d'utilités dépendant de l'état, ou de préférences intertemporelles en tension avec l'actualisation par utilité espérée. Manifestement exclu : interaction stratégique multi‑agent en tant que telle (requiert un cadrage en théorie des jeux).

Tension sémantique

Tension sémantique
Cohérence normative impliquée par les axiomes vNM (consistance interne, représentation par utilité) ↔ résultats empiriques montrant des violations systématiques (anomalies comportementales) et objections normatives aux prescriptions de l'utilité espérée en présence d'ambiguïté ou de préoccupations distributives.

Synthèse

Synthèse
La théorie de l'utilité espérée établit un lien serré et testable entre axiomes de cohérence et règle de décision calculable : elle précise quelles exigences normatives demandent (cohérence axiomatique et assignation de probabilités) et où des écarts empiriques ou éthiques appellent des modèles alternatifs.